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dimanche 8 janvier 2012

Les chemins de la recherche...


J’ouvre une petit parenthèse qui viendra expliquer pourquoi nous partons pour trois semaines à partir de mardi... et rappeler aussi pourquoi nous sommes en Australie !

Alors voilà: il se trouve que le gouvernement australien m’a offert une bourse (enfin, l’équivalent du salaire minimum australien – mais c’est tout de même ça de moins à prendre sur nos économies) pour faire des recherches à l’Université de Wollongong pendant 6 mois (début octobre 2011 à fin mars 2012). Parallèlement à cela, l’Université de Grenoble a accepté de se passer de moi pendant un an. Ce qui explique pourquoi nous sommes ici jusqu’à début avril, et pourquoi à partir de ce moment-là, ce sera la liberté totale, le trip camping-car-visite-de-l’Australie-vacances-tout-le-temps.

Ce sur quoi je travaille en ce moment, c’est le développement des ressources énergétiques en Australie en lien avec les populations aborigènes. L’industrie minière est actuellement en plein essor, de nouveaux forages de gaz ont lieu toutes les semaines, le gouvernment a levé il y a peu de temps les restrictions qui imposaient une limite de trois mines d’uranium maximum dans le pays, et les Australiens se frottent les mains tandis que le reste du monde se demande comment le pétrole va bien pouvoir être remplacé. Résultat: des conséquences environnementales qui font frémir. Par exemple les nouveaux forages de gaz ont lieu sur la côte est, en bordure de la grande barrière de corail, menaçant toute une population de grands mammifères marins ainsi que la grande barrière elle-même qui serait partiellement détruite en cas de naufrage d’un navire. Ici, en Nouvelle-Galles du Sud, la population manifeste contre l’exploitation du gaz car il est mélangé à d’autres produits, ce qui fait qu’on ne peut l’extraire que par les mêmes procédés qu’on utilise pour extraire le gaz de schiste, c’est-à-dire en polluant les sols et les nappes phréatiques. Mais les retombées économiques sont énormes, et cela compte bien plus que les considérations environnementales en période de crise. Alors ça vaut bien qu’on décide en même temps de lever les restrictions sur la vente d’uranium en Inde (imposées auparavant car ce pays n’est pas signataire du traité de non-prolifération des armes nucléaires).

Et les populations aborigènes, dans tout ça? Et bien, depuis les années 70, elles ont obtenu une certaine reconnaissance, notamment par le biais de droits du sol. Mais attention, qui dit droit du sol ne veut pas dire droit du sous-sol, donc même lorsqu’elles sont propriétaires de leurs terres, elles n’ont aucun droit de véto sur l’exploitation des ressources énergétiques. Par contre, elles peuvent négocier des royalties assez importantes avec les compagnies minières. Royalties qui sont à la fois un bien et un mal. Dans les Territories du Nord, par exemple, les négotiations concernant une grosse mine d’uranium ont abouti à la création, juste à côté, du parc national de Kakadu, qui est co-dirigé par la communauté aborigène. Cette dernière a investi dans les hôtels à touristes, permettant ainsi un développement économique qui perdurera même quand la mine aura fermé et que les royalties cesseront d’affluer. Mais dans d’autres cas, les communautés répartissent l’argent en cash entre leurs membres qui, n’ayant finalement aucune motivation à travailler, le dépensent en gros 4X4 et en alcool. Parfois cela aboutit à la destruction entière de communautés, les femmes et les enfants étant en première ligne face aux ravages que font la violence et l’alcoolisme.

Voilà, j’en arrive donc à notre départ la semaine prochaine: Ludo voulait un peu explorer un coin que nous n’aurons pas le temps de faire lors de notre grand tour d’Australie, et de mon côté je voulais voir Olympic Dam. Olympic Dam, c’est une grosse mine d’uranium qui vient de recevoir l’approbation du gouvernement pour un plan d’expansion gigantesque, qui en fera la plus grande mine à ciel ouvert du monde (4km de diamètre, 1km de profondeur). Cela implique la construction de nouvelles voies de chemin de fer, d’un nouvel aéroport, d’une nouvelle ville, et même d’une usine de désalinisation de l’eau de mer qui viendra, grâce à un pipeline de plusieurs centaines de kilomètres reliant la mer à la mine, alimenter les besoins énormes en eau générés par l’extraction de l’uranium. Et la mine elle-même est située en plein désert. Bref, c’est quelque chose que je veux absolument voir.

Donc, attendez-vous à avoir des nouvelles de notre voyage (3 semaines) sous peu ! Je vous mettrai bientôt une petite carte avec notre itinéraire pour pouvoir visualiser tout ça.

Voilà, je vous ai présenté le côté chouette de la recherche... ce qui continue à me faire avancer ! Les côtés moins chouettes... je vous en parlerai une autre fois...

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