Ce blog et son contenu (en particulier photos et vidéos) sont à caractère privé et réservés à notre famille et nos amis. Il ne peut être accessible par le biais d'un moteur de recherche. Il contient des informations personnelles. Merci de votre discernement si vous souhaitez le montrer à quelqu'un !
This is a non-commercial blogsite, whose contents (photos and videos in particular) are meant to be viewed by our family and friends. It cannot be researched via a search engine. It contains a lot of personal information. Please use discretion if you would like to show it to someone. Thanks !

mercredi 4 février 2015

Les sables bitumineux de l'Alberta

Compte-rendu en photos d'un séjour de recherche au Canada (vacances de la Toussaint)

Voici le centre historique de Fort McMurray, une ville moyennement peuplée du nord de l’Alberta (Canada) située à quelque 450 kilomètres au nord-est de la capitale de cette province, Edmonton. Nous sommes au cœur de la forêt boréale (c’est-à-dire au beau milieu de nulle part), et a priori seules quelques tribus indiennes et nostalgiques du commerce de fourrures devraient se trouver là... alors pourquoi me direz-vous cette ville connaît-elle actuellement la plus grande croissance démographique du pays ???
Non, ce n’est pas pour les nachos, la poutine ou encore la bière que l’on trouvera aussi ailleurs au Canada...
C’est à cause de l’industrie des sables bitumineux qui est actuellement en pleine expansion... Mais laissez-moi le temps d’expliquer à ceux qui ont pour l’instant eu la chance d’échapper à une de mes conférences sur le sujet ce que représente cette industrie...

Les sables bitumineux (ce qu’on voit sur la photo) sont un mélange de sable, d’argile et de bitume à partir duquel on peut extraire... du pétrole. Le mot magique est lancé, reste à attendre patiemment que ce pétrole, très coûteux à extraire, puisse être enfin exploité à la faveur de la flambée des prix du baril qui commence autour des années 2000. Et là, le Canada, qui se place tout de même en troisième position au niveau des réserves mondiales grâce à ces fameux sables bitumineux, se frotte les mains et devient presque du jour au lendemain le premier fournisseur mondial de pétrole des États-Unis (ce qui est un marché non négligeable !). Fort McMurray, qui se trouve au cœur de cette industrie, connaît ainsi une croissance phénoménale, et attire des travailleurs de tout le pays, voire du monde entier, venus tenter leur chance. Car les salaires sont extrêmement élevés, et l’argent brûle les doigts dans cette ville qui vit au rythme du travail posté.
Donc, pour aller travailler dans ces sables bitumineux, les hommes de Fort McMurray (car ce sont en majorité des hommes) empruntent tous les matins cette immense autoroute qui fend la forêt sur 35 kilomètres avant de déboucher sur les deux principaux sites d’exploitation actuellement occupés par les entreprises canadiennes Suncor et Syncrude.
De loin, c’est déjà pas très folichon mais bon... ça ressemble à une grosse usine... En fait, c’est là où le pétrole est raffiné. La mine, elle, se trouve derrière, et pour la voir il faut les grands moyens...
Pas besoin d’un 747 non plus... un petit avion privé suffira...
Et revoilà notre magnifique usine de tout à l’heure vue du dessus... les bassins autour n’ont pas l’air bien propres... et à droite, là, c’est la rivière Athabasca qui nous arrive tout droit du glacier du même nom, situé dans les Rocheuses. Une rivière qui fournit du poisson en quantité aux tribus indiennes environnantes dont certains membres vivent encore de manière traditionnelle. A y regarder de plus près l’élévation des taux de cancer et le développement de rares maladies auto-immunes parmi ces populations depuis les dix dernières années, il semblerait que ce poisson consommé par les populations autochtones soit largement contaminé par l’arsenic, le mercure et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) qu’on retrouve dans l’eau.
Pourtant, les eaux polluées qui proviennent du processus d’extraction (il faut 5 barils d’eau pour produire un baril de pétrole en séparant le bitume du sable et de l’argile qui l’entoure) sont stockées dans d’immenses bassins de décantation tels que celui-ci, d’où on peut entendre à chaque poignée de seconde un grand « boum » censé éviter aux volatiles qui voudraient s’y poser de terminer leur vie les pattes engluées.
Comme on le voit ici, la rivière Athabasca n’est jamais bien loin... elle se trouve en contrebas du bassin dans ce cas précis !
Et voilà à quoi ressemblent à « proprement » parler les sables bitumineux. Une terre de désolation, à perte de vue.
Des files ininterrompues de camions pouvant transporter chacun plus de 300 tonnes de sable qui vont et viennent, de jour comme de nuit.
De gigantesques excavatrices qui grignotent le terrain, encore et encore... c’est qu’il faut y aller, les sables bitumineux, c’est 140 000 km2 de forêt boréale, et 300 milliards de barils potentiels (autant que les réserves de l’Arabie Saoudite) en-dessous.
Et toujours ce ballet incessant des camions qui font la queue pour déverser leur chargement...
Chargement qui arrive tranquillement à destination
Nous laissons derrière nous des paysages apocalyptiques... qui ne sont rien par rapport à l’envergure des futurs projets.
  
Car toute cette forêt boréale là, elle a déjà été vendue ! Et chaque petit carré qu’on voit, c’est une entreprise qui est venue voir si le sol contenait bien de l’or noir...
  

Sur la carte, les deux mines que nous avons survolées se trouvent à l’intérieur du cercle. Ce sont elles qui sont actuellement en activité. Toutes les autres concessions... ce sont les projets sur le point d’être développés.
Ironie ultime : un troupeau de bisons broute au milieu du paysage désolé, garants de la bonne moralité des entreprises qui souhaitent réintroduire des espèces protégées dans les endroits qu’elles doivent réhabiliter.
Et en bordure de Fort McMurray, le dernier quartier flambant neuf qui vient de se construire pour accueillir cette ruée vers l’or qui continue, continue... la ville a accueilli plus de 40 000 nouveaux habitants ces dix dernières années.

Deux chiffres pour finir : il faut 1 baril de pétrole en équivalent d’énergie pour produire 2 barils de pétrole dans les sables bitumineux – c’est le pire rendement qui puisse exister. L’exploitation de ces sables bitumineux émet 3 à 4 fois plus de gaz à effet de serre que l’exploitation du pétrole conventionnel, ce qui a poussé le Canada à se retirer du protocole de Kyoto fin 2011.

A quand la transition énergétique ?

1 commentaire:

  1. Excellent!!! J'espère que vous avez eu un chouette séjour au Canada! Je suis actuellement en Ontario à University of Waterloo pour une formation! LoL
    Si vous y êtes encore, stay warm as they say here!!!!!!!!!

    Take care,

    Tatadine

    RépondreSupprimer