Compte-rendu en photos d'un séjour de recherche au Canada (vacances de la Toussaint)
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| Voici le centre historique de Fort
McMurray, une ville moyennement peuplée du nord de l’Alberta (Canada) située à
quelque 450 kilomètres au nord-est de la capitale de cette province, Edmonton.
Nous sommes au cœur de la forêt boréale (c’est-à-dire au beau milieu de nulle
part), et a priori seules quelques tribus indiennes et nostalgiques du commerce
de fourrures devraient se trouver là... alors pourquoi me direz-vous cette
ville connaît-elle actuellement la plus grande croissance démographique du pays ??? |
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Non, ce n’est pas pour les
nachos, la poutine ou encore la bière que l’on trouvera aussi
ailleurs au Canada...
C’est à cause de l’industrie des
sables bitumineux qui est actuellement en pleine expansion... Mais laissez-moi
le temps d’expliquer à ceux qui ont pour l’instant eu la chance d’échapper à
une de mes conférences sur le sujet ce que représente cette industrie...
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| Les sables bitumineux (ce qu’on
voit sur la photo) sont un mélange de sable, d’argile et de bitume à partir
duquel on peut extraire... du pétrole. Le mot magique est lancé, reste à
attendre patiemment que ce pétrole, très coûteux à extraire, puisse être enfin
exploité à la faveur de la flambée des prix du baril qui commence autour des
années 2000. Et là, le Canada, qui se place tout de même en troisième position
au niveau des réserves mondiales grâce à ces fameux sables bitumineux, se
frotte les mains et devient presque du jour au lendemain le premier fournisseur
mondial de pétrole des États-Unis (ce qui est un marché non
négligeable !). Fort McMurray, qui se trouve au cœur de cette industrie,
connaît ainsi une croissance phénoménale, et attire des travailleurs de tout le
pays, voire du monde entier, venus tenter leur chance. Car les salaires sont extrêmement
élevés, et l’argent brûle les doigts dans cette ville qui vit au rythme du
travail posté. |
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| Donc, pour aller travailler dans
ces sables bitumineux, les hommes de Fort McMurray (car ce sont en majorité des
hommes) empruntent tous les matins cette immense autoroute qui fend la forêt
sur 35 kilomètres avant de déboucher sur les deux principaux sites
d’exploitation actuellement occupés par les entreprises canadiennes Suncor et
Syncrude. |
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| De loin, c’est déjà pas très
folichon mais bon... ça ressemble à une grosse usine... En fait, c’est là où le
pétrole est raffiné. La mine, elle, se trouve derrière, et pour la voir il faut
les grands moyens... |
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| Pas besoin d’un 747 non plus...
un petit avion privé suffira... |
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| Et revoilà notre magnifique usine
de tout à l’heure vue du dessus... les bassins autour n’ont pas l’air bien
propres... et à droite, là, c’est la rivière Athabasca qui nous arrive tout
droit du glacier du même nom, situé dans les Rocheuses. Une rivière qui fournit
du poisson en quantité aux tribus indiennes environnantes dont certains membres
vivent encore de manière traditionnelle. A y regarder de plus près l’élévation
des taux de cancer et le développement de rares maladies auto-immunes parmi ces
populations depuis les dix dernières années, il semblerait que ce poisson consommé
par les populations autochtones soit largement contaminé par l’arsenic, le
mercure et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) qu’on retrouve
dans l’eau. |
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| Pourtant, les eaux polluées qui
proviennent du processus d’extraction (il faut 5 barils d’eau pour produire un
baril de pétrole en séparant le bitume du sable et de l’argile qui l’entoure)
sont stockées dans d’immenses bassins de décantation tels que celui-ci, d’où on
peut entendre à chaque poignée de seconde un grand « boum » censé
éviter aux volatiles qui voudraient s’y poser de terminer leur vie les pattes
engluées. |
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| Comme on le voit ici, la
rivière Athabasca n’est jamais bien loin... elle se trouve en contrebas du
bassin dans ce cas précis ! |
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| Et voilà à quoi ressemblent à
« proprement » parler les sables bitumineux. Une terre de désolation,
à perte de vue. |
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| Des files ininterrompues de
camions pouvant transporter chacun plus de 300 tonnes de sable qui vont et
viennent, de jour comme de nuit. |
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| De gigantesques excavatrices qui
grignotent le terrain, encore et encore... c’est qu’il faut y aller, les sables
bitumineux, c’est 140 000 km2 de forêt boréale, et 300 milliards de barils
potentiels (autant que les réserves de l’Arabie Saoudite) en-dessous. |
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| Et toujours ce ballet incessant
des camions qui font la queue pour déverser leur chargement... |
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| Chargement qui arrive
tranquillement à destination |
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Nous laissons derrière nous des
paysages apocalyptiques... qui ne sont rien par rapport à l’envergure des
futurs projets.
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| Car toute cette forêt boréale là,
elle a déjà été vendue ! Et chaque petit carré qu’on voit, c’est une entreprise
qui est venue voir si le sol contenait bien de l’or noir... |
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| Sur la carte, les deux mines que
nous avons survolées se trouvent à l’intérieur du cercle. Ce sont elles qui
sont actuellement en activité. Toutes les autres concessions... ce sont les projets
sur le point d’être développés. |
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| Ironie ultime : un troupeau
de bisons broute au milieu du paysage désolé, garants de la bonne moralité des
entreprises qui souhaitent réintroduire des espèces protégées dans les endroits
qu’elles doivent réhabiliter. |
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Et en bordure de Fort McMurray,
le dernier quartier flambant neuf qui vient de se construire pour accueillir
cette ruée vers l’or qui continue, continue... la ville a accueilli plus de 40
000 nouveaux habitants ces dix dernières années.
Deux chiffres pour finir : il
faut 1 baril de pétrole en équivalent d’énergie pour produire 2 barils de
pétrole dans les sables bitumineux – c’est le pire rendement qui puisse
exister. L’exploitation de ces sables bitumineux émet 3 à 4 fois plus de gaz à
effet de serre que l’exploitation du pétrole conventionnel, ce qui a poussé le
Canada à se retirer du protocole de Kyoto fin 2011.
A quand la transition
énergétique ?
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Excellent!!! J'espère que vous avez eu un chouette séjour au Canada! Je suis actuellement en Ontario à University of Waterloo pour une formation! LoL
RépondreSupprimerSi vous y êtes encore, stay warm as they say here!!!!!!!!!
Take care,
Tatadine